dimanche 13 février 2011

Le ciel perdait la tête (rêve)

Le chalet au beau milieu des montagnes était notre nid. Debout, bras croisés, planté devant la vaste fenêtre, j'avais plein les yeux de cette perspective montagneuse, de cet univers alpestre ceignant notre cocon. Elle était à ma droite. Je sentis son baiser suggestif plaquer son humidité à mon cou. Lorsque je la regardai dans les yeux, j'y vis passer des étoiles filantes. Nous étions au coeur de la pluie d'étoiles. Littéralement. J'observai à nouveau le panorama montagneux. Un grotesque bolide, météorite à la robe orangée, d'une taille épique, passa en flèche sous nos regards abasourdis et émerveillés, s'écrasant dans les montagnes. Elle saisit ma main fermement. La détonation nous faisait vibrer. Pour un moment, cela eut pour effet de mettre nos corps au diapason de nos coeurs déjà passablement électrocutés, enhardis, bondissants. L'allégresse laissait entrevoir de nouvelles dimensions. Les cailloux fabuleusement géants qui se détachaient du ciel, eux, faisaient frissonner notre espace-temps. Une ivresse inédite.

Zarah sollicita mon regard. Le sien, foncé, était touché par une sereine lumière ; des astres, fixes cette fois, y flottaient fébrilement. Me tenant toujours par la main, elle m'entraîna à la chambre. J'aimais le parfum doucement sucré fleurant de ses longs cheveux noirs, un peu entremêlés. Le plafond du couloir possédait un long puits de lumière. En passant, je levai la tête pour épier le ciel qui, lui, était sans ménagements. Des astres d'une pétillante fureur, inexorables, de couleur corail, passaient à vive allure, suivis de traînées abricot... Les ronds monuments de roc volants, allongés par le mouvement, se multipliaient. On pouvait ouïr, de tous nos corps tremblants, les déflagrations dans les montagnes. Nos corps étaient tympans. Mes yeux étaient feu lorsque j'observais Zarah.

Nous nous regardions, bêtes et béats, baignant dans une ouateuse tendresse, en nous tenant seulement par les mains. Un grand sentiment de sûreté psychique régnait, flottait dans notre demeure perchée dans les montagnes. En dépit de la fantastique menace qui ciselait le ciel de bruits fuselés, qui enfonçait ses poings d'une colère détraquée dans les célestes monts, nous nous sentions ivres d'une gaieté candide, précisément légers.

— Et pourquoi ça ne tombe pas sur nos têtes ? fis-je.

Elle n'avait pas besoin de répondre. Ce rêve criait métaphoriquement, définissait à grands coups d'images sensationnalistes ce qu'était l'amour. Son regard émouvant de tendresse suggérait d'ailleurs d'autres idées.

Zarah était resplendissante. Son minois coquin était toujours porteur d'un gai sourire. Ses yeux très foncés, aux iris presque noirs, d'une perçante affection, étaient le réservoir de poésie idéal. Ce n'étaient pas des yeux qui savaient ou voulaient jouer avec les émotions, dans le but de contrôler, moduler autrui. Et bien que futés, ce n'étaient pas des yeux qui cherchaient à tout savoir ; plutôt, ils absorbaient l'instant présent. Bien qu'ingénus, d'ailleurs, ce n'étaient pas non plus de ces yeux où l'on peut lire tout ce que l'autre pense. On y lisait une beauté pure ; son regard était au-delà de l'intelligence telle que communément envisagée, et était remarquablement apte à s'accommoder de toutes les vérités de ce monde. Zarah surpassait tout. Même les déferlements de météorites.

Zarah était d'une relativement petite taille, comparativement à moi du moins. Sa peau au teint hâlé exhalait la passion des peuples chauds. Belle. Belle jusque dans l'âme. C'était une femme sacrée à mes yeux; sacrément roulée pour le pur bonheur de mes yeux. Ses fesses avaient un galbe rondelet, la faisant très voluptueuse. Sa poitrine généreuse pointait remarquablement haut vu la taille de ses seins. À l'évidence, elle était nue.

Nos esprits bouillaient et s'emballaient, mes mains escaladaient son corps, redescendaient, elle me faisait prendre conscience des moindres surfaces de mon épiderme en l'électrisant de ses doigts danseurs et chasseurs ; c'était un éparpillement charnel. Nos instincts se mêlaient à celui du ciel. S'élancer fébrilement et toucher la cible.

Une poudre d'astres s'était donc mêlée à notre sang.

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