dimanche 27 février 2011

Personne n'en parle (insolite)

Fait un bail. Un an ? (Ah! Même pas! Comme le temps, parfois, s'étage mal dans la mémoire. C'est parfait. Il serait question de distorsion de l'espace-temps...) J'avais adoré.


vendredi 25 février 2011

Quête intime

En réponse à cet article-ci qu'a publié mon ami sur son tout récent blogue, « Marginalité cartésienne ».

« La vie a-t-elle un sens ? »

Il m'était venu l'idée de répondre à cette question en subdivisant ma pensée ; soit en fonction que Dieu existe, ou qu'il n'existe pas. Toutefois, mes arguments visant à démontrer que la vie a un sens ne se fondant pas principalement sur Dieu et une promesse intangible de vie éternelle, paradisiaque (au contraire, la plupart de mes arguments sont indépendants, pour ainsi dire, de ce questionnement divin), je laisserai mes pensées d'une logique plus ferme côtoyer mes espoirs spirituels. Ainsi plutôt que de réfuter tous les points en deux temps, de par deux catégories de réponses différentes pourtant par rapport aux mêmes questions, les arguments de toutes sortes se côtoieront.

Par Dieu, premièrement, je ne réfère pas à un être nécessairement ; je me le figure davantage comme « la totalité », comme la Nature pour reprendre l'expression de certains philosophes. Par exemple, si l'on peut isoler certaines de mes cellules et les observer, ces cellules participent d'un tout, qui est moi-même. Ainsi, Dieu, c'est peut-être la totalité des choses qui existent ; peut-être y a-t-il donc, dans cette mégastructure, une certaine unité, une logique, une harmonie ; voilà d'ailleurs pourquoi nombre de scientifiques, - des physiciens notamment -, s'émerveillant de cette logique implacable et prodigieusement bien conçue des structures de l'infiniment plus petit, de l'inanimé comme de ce qui est doué de vie, voilà donc pourquoi nombre de scientifiques croient en un être suprême, possédant une capacité à « organiser ».

« Dieu », c'est peut-être également des règles inconnues de la Physique ? C'est-à-dire : en priant, par exemple, peut-être utilisons-nous des « ressources inconnues » de la vie, qui pourtant nous sont accessibles... J'ai personnellement déjà reçu réponse à mes prières. Je ne suis pas le seul à qui cela est arrivé. Mais bref, cela revient à la même chose que ce dont je parlais plus tôt : il s'agirait d'une structure et d'une logique plus grandes que ce que nous sommes aptes à concevoir.

« Tout le monde vit un nombre de temps aléatoire et meurt après un temps aléatoire. Certaines vies comme celle d'un bébé qui meurt à l'accouchement, semblent insensées et le final de la vie est toujours la mort. Peu importe ce que tu accomplis de bien ou de mal, tu peux, à tout moment sans favoritisme de la vie jamais, vivre du bonheur ou du malheur. Certains naissent héritiers de fortune colossale et d'autres dans la misère noire. »

C'est vrai. La vie est par nature injuste. Mais qu'en serait-il si la vie était juste ? Là, la vie ne ferait aucun sens. La justice serait, par définition, uniforme : nous aurions des vies de la même durée, nous ferions les mêmes choses durant ces existences chronométrées, nous aurions la même apparence physique, la même façon de penser, etc. On me dira : c'est une extrapolation extrême. Ce n'en est pas une. C'est un raisonnement par l'absurde, ayant pour but de démontrer que, en dépit de son apparente imperfection, la vie est bien calibrée. (Mais cela n'exclut pas toute souffrance : elle est nécessaire ; je suis loin d'être un adepte du dolorisme : j'accepte seulement la souffrance comme fait inévitable ; et, dans la même optique que la résilience chère à Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, je crois que l'on peut tirer avantage de certaines de nos souffrances, même si sur le coup elles nous rendent profondément amers et déstabilisés.) Si l'on supprimait un seul facteur aléatoire de la vie - le temps après lequel on meurt pour l'exemple en cause -, non seulement on soupçonnerait une très louche incohérence dans la structure nous faisant office de monde, mais cela engendrerait une autre injustice : certains auraient vécu paisiblement, d'autres auraient mené des vies de débauche, et pourtant, la mort aurait sonné à la même heure, soit après un même laps de temps. Et si l'on supprimait cette injustice-là, pourquoi (si on le pouvait) ne pas supprimer les autres injustices, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus aucune, tel que dans le scénario absurde susmentionné ?

Ensuite, affirmer que « le final de la vie est toujours la mort », même si elle est effroyable et inéluctable, n'est-ce pas affirmer que la vie égale la mort ? Si je vais à une exposition au musée, je ne dirai pas, en sachant pourtant qu'il y aura une fin : «Le but de l'exposition au musée est la fin de l'exposition au musée»; car entre-temps, j'ai eu du plaisir, à cette exposition. Ensuite, n'est-ce pas la mort qui... colore la vie ? Si nous étions éternels sur cette Terre, nos esprits humains nous laisseraient-ils goûter à la vie de la même façon ? La mort est profondément naturelle, et je ne peux pas me figurer un monde sans cette ultime fin : sans quoi, les sentiments seraient selon moi affadis de manière substantielle. Si, par exemple, et par analogie, c'est la peur qui rend le courage magnifique, je crois que c'est la menace de la mort qui insuffle à la vie une certaine part de son excitation. Cela ne signifie pas que la mort est en soi agréable, mais que cette damnation éternelle (à supposer qu'il n'y ait pas de vie après la mort) participe d'une dynamique complexe, dans nos esprits.

Pour ce qui est de cette affirmation (« Peu importe ce que tu accomplis de bien ou de mal, tu peux, à tout moment sans favoritisme de la vie jamais, vivre du bonheur ou du malheur »), voici ce que j'en pense : c'est comme au Poker, selon moi. La vie est très aléatoire, tout comme le Poker, mais moyennant un talent X, on pourra progresser de façon assez stable, en dépit des fluctuations du hasard (au Poker, n'est-il pas formidable de faire un grand gain d'argent après une période de sécheresse ? Il en va de même pour les émotions humaines). La question serait alors, analogiquement, pourquoi tous les joueurs de Poker n'ont-ils pas le même talent, la même capacité à garder leur sang-froid ? Il y a des ''strates'' de joueurs, évoluant sur des plans différents. Cela ne signifie pas que tel ou tel joueur est supérieur ; mais plutôt que d'autres conditions, extérieures au jeu, l'ont influencé. Il en va de même dans la vie : en dehors de notre destin individuel, d'autres éléments du sort influent sur nous.

J'aime me figurer la vie simultanément à l'échelle microscopique (les destins des hommes et des femmes pris individuellement) et à l'échelle macroscopique. Dans ce deuxième cas, je vois les familles, les nations, les cultures à la rigueur, les races, et l'humanité elle-même comme autant de créatures ; des organismes évoluant dans des organismes, pour vulgariser mon idée. Si l'on naît damné, ce n'est pas notre faute, mais il faut selon moi observer l'organisme dans lequel on naît ; si notre famille a pris de mauvaises décisions, alors il se peut qu'on paie le prix pour cela, du moins en partie, car on en est issu. Mais c'est de façon plutôt subtile parfois, car nous appartenons simultanément à plusieurs groupes, plusieurs cultures, et à cela se mêlent nos décisions individuelles propres...

Au demeurant l'humanité et l'homme ont ce cadeau que l'on nomme libre arbitre : nous décidons de notre sort (ou plutôt de « l'orientation » qu'on lui donne, tel un bateau en mer), de nos actions.

Mais rapidement, l'homme se sent affligé. Il dira par exemple : « Il y a tant de maladies ! » ; saviez-vous qu'une multitude de maladies, ironiquement, sont issues du Progrès ? Le Progrès bouleverse nos vies, nous force à vivre autrement. La morale change, l'interaction entre les sexes se modifie, nous sommes entourés de technologie, nos passe-temps ne sont plus les mêmes, nous sommes sédentaires, souvent mal alimentés... Et la liste est longue.

« Il est défendu à l'homme, sous peine de déchéance et de mort intellectuelle, de déranger les conditions primordiales de son existence et de rompre l'équilibre de ses facultés avec les milieux où elles sont destinées à se mouvoir : en un mot, de déranger son destin pour y substituer une fatalité d'un nouveau genre », disait Baudelaire au sujet de certaines drogues ; « déranger son destin pour y substituer une fatalité d'un nouveau genre » ; en voulant se transformer, évoluer, c'est cela même que l'humanité fait. Il s'en reflète dans ses plus petites particules, l'humain.

Tout a un prix. Tout Progrès s'accompagne de contrecoups. « Monter, c'est s'immoler : toute cime est sévère », disait le grand Hugo.

On naît de l'humanité, d'une culture, etc. ; on meurt avec, et parfois par elle.

On pourrait dire : « Mais non, je n'ai pas à payer telle ou telle faute de l'humanité (ou de tel groupe) » ; c'est bien sûr une vision profondément individualiste ; mais j'y réponds quand même : il ne s'agit pas de payer pour les fautes d'autrui, mais plutôt d'accepter les contrecoups d'une évolution globale.

« La vie est insignifiante ; quand vous serez mort, vos enfants pleureront votre départ et raconteront à leurs enfants combien vous étiez un être bien puis, 100 ans plus tard, plus personne ne sera là pour se souvenir de vous et votre existence ne sera plus qu'un petit texte écrit à quelque part, un graffiti esquissé à quelque part ou une photo jaunie dans une commode. Une infime marque qui durera maximum qu'un éphémère 200 ans sur une infime planète dans une infime galaxie. »

Pourquoi faudrait-il qu'on se remémore qui nous étions, cent ans plus tard ? Ou bien une personne a contribué à sa vie et à la vie des siens, ou bien, en plus d'avoir fait la précédente chose, elle a contribué au sort de sa ville, de sa nation, voire de l'humanité. Dans le cas où une personne a voulu être aimée par ses proches, ses proches l'aimeront même lorsqu'elle sera décédée ; si un individu a été un colossal bienfaiteur pour sa ville, parions que sa ville se souviendra de lui ; et si nous sautons tout de suite à un extrême, l'humanité ne se souvient-elle pas de Da Vinci, singulier génie ? Si Da Vinci avait été un bon père de famille, et rien de plus, pourquoi aurions-nous dû nous souvenir de lui ? Il y en a tant, des bons pères de famille ! Cela dit, ses proches, ses enfants se seraient souvenus de lui après sa mort, pleins de souvenirs et sentiments positifs baignant dans leurs coeurs.

D'ailleurs, si dans 100 ans nous ne serons plus là, la progéniture de notre progéniture, elle, courra sur cette Terre ; à nouveau, j'incite à ce que l'on se figure la vie à échelle macroscopique. Notre progéniture, c'est nous ; nos ancêtres, nous sommes eux.

Du reste, bien que cela semble ironique par rapport à ce que j'ai dit, même si ce ne l'est pas, il ne faut pas mêler les « niveaux d'organisation » (ils sont nombreux, de l'infiniment plus petit jusqu'à l'infiniment grand, en passant par l'homme et sa biologie, pour ne nommer que cela) ; tout est relatif, on le sait. On ne peut pas banaliser en disant « que la terre est un caillou » dans l'univers ; il faut se mettre à la bonne échelle.

Ainsi tantôt lorsque je disais que j'aime alternativement voir la vie à échelles microscopique et macroscopique, je parlais du destin des hommes et des « entités » (cultures, pays, etc.) auxquelles correspondent ces individus ; lorsque, dans le précédent paragraphe, je dis qu'il ne faut pas mêler les niveaux d'organisation, cela est par rapport à la valeur des choses ; si un électron peut sembler absolument banal à notre échelle, à son échelle à lui, dans l'ordre auquel il contribue, il se peut qu'il soit essentiel.

« En attendant que la vie après la mort soit prouvée ou que ce concept de mort soit d'une façon ou d'une autre faux et d'invention humaine, je crois qu'on peut dire en toute tranquillité que la vie est insignifiante et n'a aucun sens. »

Si la vie après la mort était parfaitement prouvée, n'y aurait-il pas des individus qui se suicideraient par millions ? Est-ce dans notre intérêt de le faire, c'est-à-dire de parfaitement prouver l'après-vie (si d'abord nous en étions capables) ? Je préfère avoir une vague idée qu'une idée claire, dans ce domaine. La vie humaine s'en trouverait par trop changée si nous savions avec certitude que, de l'autre côté, il y a une autre forme de vie, assurément plus riche. La vie n'aurait plus le même goût, les enjeux seraient différents, personne n'aurait peur. Ce serait un non-sens incroyable.

Sinon, il est faux de dire qu'il n'y a aucune « preuve » ; naturellement, ces preuves ne convaincront jamais tout le monde, il subsistera toujours un doute ; ceci s'inscrit dans l'idée que j'ai exposée plus haut de toute façon.

La vie après la mort n'est pas une chose que l'on peut analyser en laboratoire. Il faut procéder autrement.

Que dire des recherches incroyables du scientifique canadien Ian Stevenson qui s'est dévoué, de son mieux, à la recherche sur... la réincarnation ? N'y aurait-il pas là une preuve, ou disons, pour être prudent, une suggestion, à l'effet que l'âme puisse exister ?

Je me souviens également de ce reportage scientifique où l'on relatait qu'une femme affirmait sortir de son corps, la nuit, et flotter au-dessus d'elle-même, dans son sommeil, s'observant longuement... Un scientifique lui avait dit : « Parfait. Si c'est le cas, nous allons vous faire dormir dans une salle où vous serez surveillée. Il y aura une bibliothèque à côté de votre lit, et un long numéro sera inscrit sur un bout de papier, sur le dessus de cette bibliothèque. Si votre âme vous permet de flotter au-dessus de votre corps, la nuit, alors vous pourrez voir ce numéro, et nous le dire le lendemain matin » ; selon le reportage, la dame y était parvenue !...

Et que dire des études sur l'expérience de mort imminente ?

Pour peu qu'on se donne la peine de chercher dans les souterrains de la science, dans de brillantes réflexions et observations d'auteurs, on trouvera (dans une mer d'occultisme, certes) que la vie recèle des propriétés étonnantes. Plus je progresse dans mes lectures, plus je me persuade de l'existence de Dieu et du paradis.

Me viennent en tête les auteurs Charles Fort, Jacques Bergier, Louis Pauwels, je songe aux scientifiques Carl Gustav Jung, Einstein (qui parlait souvent de Dieu (ce n'est pas le seul scientifique à l'avoir fait)), Ian Stevenson ; et me reviennent également des extraits de textes religieux, de textes philosophiques... Cette mosaïque me laisse soupçonner des réalités invisibles...

Enfin, moi, que voulez-vous, je suis un adepte de la croyance à l'effet qu'il y a une terre promise, un prodigieux Paradis, là où les destins seront réparés, là où toutes les imperfections de la vie terrestre seront épongées, toutes les souffrances soignées ; mais ce n'est pas une pensée échevelée et gratuite, une naïveté incommensurable. Autrefois, je pensais comme cet ami, auteur du texte que j'ai réfuté, tout comme lui imperturbablement agnostique, voire athée. La vie a cependant voulu me montrer autre chose...

Bien sûr, le malheur, la mort ne seront jamais soignés ou arrêtés par quelques mots porteurs de positivisme ; mais ces fatalités, en les percevant d'un oeil sans espoir, n'ont-elles pas lieu deux fois ? Une fois dans la réalité éprouvée, une fois, par effet d'écho, dans l'âme ?

mardi 22 février 2011

« Prière retournée »

Dieu
Pourquoi
Me tortures-tu ?

Si tu m'as réellement
envoyé des 
signes
(comme tu dois
Détester
me voir
douter),
pourquoi me
faire courir
dans le décor
de l'attente,
comme sur un
tapis roulant
existentiel ?

Pourquoi tous
ces infinis
détours ?
Je parcours
Le « 8 » de
l'infini à
l'infini.

Pourquoi
Ces milliards
De souffrances,
Comme une pluie
De piqûres ?

Je sais, tu veux
Faire de moi
L'être le meilleur
possible.

Tu veux que je
goûte à un
tas de germes
de souffrances,
pour hypertrophier
mon amour,
tu veux que je comprenne
tant
de la vie,
tu m'as ouvert des archives
secrètes
des sens,
tu m'as montré des
diagrammes
dans les ciels
étoilés,

Tu m'as murmuré
à l'oreille du coeur :
« Guillaume, je crois
que tu es bon »,
alors que mes nerfs
irrités
chantaient
des clameurs de folie.

Tu m'as toujours supporté.

Oui, je comprends
notre relation,
O Perfection Divine,
Je comprends...

Je comprends aussi
Qu'une riche vie
Se paye ;
Je sais que tu as voulu,
Mon Cher Pacificateur Royal,
Me demander de connaître
La souffrance,
Afin de me préparer à l'extase...

Mais n'est-ce pas assez ?
Dois-je réellement 
Souffrir encore ?

Ne peut-on pas prendre
Une entente de paiement ?
Je ferai davantage de bien, —
Et je cesserai de souffrir
Maintenant, oui ?

Je suis impatient,
absolument !

Tu veux faire de moi
Un être patient,
C'est ça ?

Pourquoi
Caches-tu
L'amour ?

C'est ce que j'attends,
ardemment.

lundi 21 février 2011

La Bohème

La Bohème ressentie, des souvenirs au creux de la main...


La Bohème vécue, tendant la main vers demain...

dimanche 20 février 2011

Le Corbeau

Ah ! Voici donc la mélancolie chargée de pensée de Poe, enveloppée de la suave éloquence baudelairienne. Je n'ai pas d'autres mots ! Heureusement, ils sont tous dans les lignes qui suivent...

« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, — et qu’ici on ne nommera jamais plus.
Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »
Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, — dis-je, — ou madame, en vérité j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais, et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu taper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; — les ténèbres, et rien de plus !
Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » — C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » — Purement cela, et rien de plus.
Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. » 
Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus.
Alors cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, — lui dis-je, — soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que Jamais plus !
Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : « Sans doute, — dis-je, — ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : Jamais, jamais plus !
Mais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son Jamais plus !
Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur ; je cherchais à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, — ah ! jamais plus !
Alors il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient des séraphins dont les pas frôlaient le tapis de la chambre. « Infortuné ! — m’écriai-je, — ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! » 
« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon, mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, — dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus ! »


Mise à jour : voici la version originale :


Once upon a midnight dreary, while I pondered weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore,
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
`'Tis some visitor,' I muttered, `tapping at my chamber door -
Only this, and nothing more.'

Ah, distinctly I remember it was in the bleak December,
And each separate dying ember wrought its ghost upon the floor.
Eagerly I wished the morrow; - vainly I had sought to borrow
From my books surcease of sorrow - sorrow for the lost Lenore -
For the rare and radiant maiden whom the angels named Lenore -
Nameless here for evermore.

And the silken sad uncertain rustling of each purple curtain
Thrilled me - filled me with fantastic terrors never felt before;
So that now, to still the beating of my heart, I stood repeating
`'Tis some visitor entreating entrance at my chamber door -
Some late visitor entreating entrance at my chamber door; -
This it is, and nothing more,'

Presently my soul grew stronger; hesitating then no longer,
`Sir,' said I, `or Madam, truly your forgiveness I implore;
But the fact is I was napping, and so gently you came rapping,
And so faintly you came tapping, tapping at my chamber door,
That I scarce was sure I heard you' - here I opened wide the door; -
Darkness there, and nothing more.

Deep into that darkness peering, long I stood there wondering, fearing,
Doubting, dreaming dreams no mortal ever dared to dream before;
But the silence was unbroken, and the darkness gave no token,
And the only word there spoken was the whispered word, `Lenore!'
This I whispered, and an echo murmured back the word, `Lenore!'
Merely this and nothing more.

Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.
`Surely,' said I, `surely that is something at my window lattice;
Let me see then, what thereat is, and this mystery explore -
Let my heart be still a moment and this mystery explore; -
'Tis the wind and nothing more!'

Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter,
In there stepped a stately raven of the saintly days of yore.
Not the least obeisance made he; not a minute stopped or stayed he;
But, with mien of lord or lady, perched above my chamber door -
Perched upon a bust of Pallas just above my chamber door -
Perched, and sat, and nothing more.

Then this ebony bird beguiling my sad fancy into smiling,
By the grave and stern decorum of the countenance it wore,
`Though thy crest be shorn and shaven, thou,' I said, `art sure no craven.
Ghastly grim and ancient raven wandering from the nightly shore -
Tell me what thy lordly name is on the Night's Plutonian shore!'
Quoth the raven, `Nevermore.'

Much I marvelled this ungainly fowl to hear discourse so plainly,
Though its answer little meaning - little relevancy bore;
For we cannot help agreeing that no living human being
Ever yet was blessed with seeing bird above his chamber door -
Bird or beast above the sculptured bust above his chamber door,
With such name as `Nevermore.'

But the raven, sitting lonely on the placid bust, spoke only,
That one word, as if his soul in that one word he did outpour.
Nothing further then he uttered - not a feather then he fluttered -
Till I scarcely more than muttered `Other friends have flown before -
On the morrow he will leave me, as my hopes have flown before.'
Then the bird said, `Nevermore.'

Startled at the stillness broken by reply so aptly spoken,
`Doubtless,' said I, `what it utters is its only stock and store,
Caught from some unhappy master whom unmerciful disaster
Followed fast and followed faster till his songs one burden bore -
Till the dirges of his hope that melancholy burden bore
Of "Never-nevermore."'

But the raven still beguiling all my sad soul into smiling,
Straight I wheeled a cushioned seat in front of bird and bust and door;
Then, upon the velvet sinking, I betook myself to linking
Fancy unto fancy, thinking what this ominous bird of yore -
What this grim, ungainly, ghastly, gaunt, and ominous bird of yore
Meant in croaking `Nevermore.'

This I sat engaged in guessing, but no syllable expressing
To the fowl whose fiery eyes now burned into my bosom's core;
This and more I sat divining, with my head at ease reclining
On the cushion's velvet lining that the lamp-light gloated o'er,
But whose velvet violet lining with the lamp-light gloating o'er,
She shall press, ah, nevermore!

Then, methought, the air grew denser, perfumed from an unseen censer
Swung by Seraphim whose foot-falls tinkled on the tufted floor.
`Wretch,' I cried, `thy God hath lent thee - by these angels he has sent thee
Respite - respite and nepenthe from thy memories of Lenore!
Quaff, oh quaff this kind nepenthe, and forget this lost Lenore!'
Quoth the raven, `Nevermore.'

`Prophet!' said I, `thing of evil! - prophet still, if bird or devil! -
Whether tempter sent, or whether tempest tossed thee here ashore,
Desolate yet all undaunted, on this desert land enchanted -
On this home by horror haunted - tell me truly, I implore -
Is there - is there balm in Gilead? - tell me - tell me, I implore!'
Quoth the raven, `Nevermore.'

`Prophet!' said I, `thing of evil! - prophet still, if bird or devil!
By that Heaven that bends above us - by that God we both adore -
Tell this soul with sorrow laden if, within the distant Aidenn,
It shall clasp a sainted maiden whom the angels named Lenore -
Clasp a rare and radiant maiden, whom the angels named Lenore?'
Quoth the raven, `Nevermore.'

`Be that word our sign of parting, bird or fiend!' I shrieked upstarting -
`Get thee back into the tempest and the Night's Plutonian shore!
Leave no black plume as a token of that lie thy soul hath spoken!
Leave my loneliness unbroken! - quit the bust above my door!
Take thy beak from out my heart, and take thy form from off my door!'
Quoth the raven, `Nevermore.'

And the raven, never flitting, still is sitting, still is sitting
On the pallid bust of Pallas just above my chamber door;
And his eyes have all the seeming of a demon's that is dreaming,
And the lamp-light o'er him streaming throws his shadow on the floor;
And my soul from out that shadow that lies floating on the floor
Shall be lifted - nevermore!

jeudi 17 février 2011

Moi aussi je l'aime

Quel jeune artiste décoiffant et prometteur !

mardi 15 février 2011

Ressources de la langue, en ligne

Voici les plus belles ressources de la langue française, en ligne, que je connais :

DICTIONNAIRES

Le Dictionnaire : un dictionnaire concis, à l'interface simple et légère.

Larousse.fr : définitions très complètes, quoique pas aussi approfondies que dans un vrai dictionnaire Larousse ; j'aime en particulier cet outil pour sa section « Expressions » (visible une fois que l'on a cherché un mot).

Trésor informatisé de la langue française : un très grand dictionnaire, très bien conçu, aux définitions vastes et subtiles ; il vous fournira un torrent d'informations. Lorsqu'il m'arrive de douter de la nature profonde d'un mot, ce dictionnaire-ci me fait la promesse de mettre en lumière les moindres aspects du mot qui m'intéresse.

DICTIONNAIRES DES SYNONYMES


Dictionnaire des synonymes de l'Université de Caen : il vous fournira de très nombreuses possibilités synonymiques ; grâce à un petit tableau, il vous informe du degré de compatibilité entre le mot entré et ses synonymes.

Synonymes.com : simple, efficace, affilié à « Le Dictionnaire » (voir ci-haut, catégorie Dictionnaires) ; il classe les synonymes par significations.


AUTRES RESSOURCES TRÈS UTILES

• LeConjugueur.com : une sorte de Bescherelle au bout des doigts !

La Banque de dépannage linguistique : définitivement le plus divin de tous les outils nommés : cette banque répertorie une multitude de règles grammaticales, orthographiques, en plus de posséder une foule d'autres atouts (voir « L'index thématique » de ce site web).

WordReference.com : dictionnaire français-anglais, entre autres ; en fait, ce dictionnaire fait la passerelle entre une grande quantité de langues.

lundi 14 février 2011

Souvenir hérissant des promesses

Extraire des magnificences, pourtant encore fumantes (le temps est une illusion, dont l'esprit primitivement entendu ne s'encombre pas), lovées dans quelque alvéole de la mémoire...

Faites de votre vie un songe
Au lieu de rêver toute votre vie
Avant qu'elle ne vous mensonge
Toutes vos vérités établies

- Richard, l'impitoyable vers-libriste

« I wish I believed in love like I believe in hell »

L'amour est à l'honneur. Bien qu'on l'ait obombré. Morceau aux relents déments, ayant pour racines la fragilité du coeur, de mon pote Danny Duran...

dimanche 13 février 2011

Le ciel perdait la tête (rêve)

Le chalet au beau milieu des montagnes était notre nid. Debout, bras croisés, planté devant la vaste fenêtre, j'avais plein les yeux de cette perspective montagneuse, de cet univers alpestre ceignant notre cocon. Elle était à ma droite. Je sentis son baiser suggestif plaquer son humidité à mon cou. Lorsque je la regardai dans les yeux, j'y vis passer des étoiles filantes. Nous étions au coeur de la pluie d'étoiles. Littéralement. J'observai à nouveau le panorama montagneux. Un grotesque bolide, météore à la robe orangée, d'une taille épique, passa en flèche sous nos regards abasourdis et émerveillés, s'écrasant dans les montagnes. Elle saisit ma main fermement. La détonation nous faisait vibrer. Pour un moment, cela eut pour effet de mettre nos corps au diapason de nos coeurs déjà passablement électrocutés, enhardis, bondissants. L'allégresse laissait entrevoir de nouvelles dimensions. Les cailloux fabuleusement géants qui se détachaient du ciel, eux, faisaient frissonner notre espace-temps. Une ivresse inédite.

Zarah sollicita mon regard. Le sien, foncé, était touché par une sereine lumière ; des astres, fixes cette fois, y flottaient fébrilement. Me tenant toujours par la main, elle m'entraîna à la chambre. J'aimais le parfum doucement sucré fleurant de ses longs cheveux noirs, un peu entremêlés. Le plafond du couloir possédait un long puits de lumière. En passant, je levai la tête pour épier le ciel qui, lui, était sans ménagements. Des astres d'une pétillante fureur, inexorables, de couleur corail, passaient à vive allure, suivis de traînées abricot... Les ronds monuments de roc volants, allongés par le mouvement, se multipliaient. On pouvait ouïr, de tous nos corps tremblants, les déflagrations dans les montagnes. Nos corps étaient tympans. Mes yeux étaient feu lorsque j'observais Zarah.

Nous nous regardions, bêtes et béats, baignant dans une ouateuse tendresse, en nous tenant seulement par les mains. Un grand sentiment de sûreté psychique régnait, flottait dans notre demeure perchée dans les montagnes. En dépit de la fantastique menace qui ciselait le ciel de bruits fuselés, qui enfonçait ses poings d'une colère détraquée dans les célestes monts, nous nous sentions ivres d'une gaieté candide, précisément légers.

— Et pourquoi ça ne tombe pas sur nos têtes ? fis-je.

Elle n'avait pas besoin de répondre. Ce rêve criait métaphoriquement, définissait à grands coups d'images sensationnalistes ce qu'était l'amour. Son regard émouvant de tendresse suggérait d'ailleurs d'autres idées.

Zarah était resplendissante. Son minois coquin était toujours porteur d'un gai sourire. Ses yeux très foncés, aux iris presque noirs, d'une perçante affection, étaient le réservoir de poésie idéal. Ce n'étaient pas des yeux qui savaient ou voulaient jouer avec les émotions, dans le but de contrôler, moduler autrui. Et bien que futés, ce n'étaient pas des yeux qui cherchaient à tout savoir ; plutôt, ils absorbaient l'instant présent. Bien qu'ingénus, d'ailleurs, ce n'étaient pas non plus de ces yeux où l'on peut lire tout ce que l'autre pense. On y lisait une beauté pure ; son regard était au-delà de l'intelligence telle que communément envisagée, et était remarquablement apte à s'accommoder de toutes les vérités de ce monde. Zarah surpassait tout. Même les déferlements de météores.

Zarah était d'une relativement petite taille, comparativement à moi du moins. Sa peau au teint hâlé exhalait la passion des peuples chauds. Belle. Belle jusque dans l'âme. C'était une femme sacrée à mes yeux; sacrément roulée pour le pur bonheur de mes yeux. Ses fesses avaient un galbe rondelet, la faisant très voluptueuse. Sa poitrine généreuse pointait remarquablement haut vu la taille de ses seins. À l'évidence, elle était nue.

Nos esprits bouillaient et s'emballaient, mes mains escaladaient son corps, redescendaient, elle me faisait prendre conscience des moindres surfaces de mon épiderme en l'électrisant de ses doigts danseurs et chasseurs ; c'était un éparpillement charnel. Nos instincts se mêlaient à celui du ciel. S'élancer fébrilement et toucher la cible.

Une poudre d'astres s'était donc mêlée à notre sang.

vendredi 11 février 2011

Qui ne l'a pas encore vu ?...

Qui ne l'a pas encore vu, ce bijou télévisuel ?

mercredi 9 février 2011

Pardon!

Naturellement, je n'ai pas envie de faire de ce blogue une « vidéothèque ». M'enfin, quand on est un rêveur un tantinet paresseux, il est plus facile de communiquer quelque chose (quoi après tout ?) par l'intermédiaire d'une oeuvre qui existe déjà que par la composition d'un texte.

Voici alors une voix féminine suave s'alliant à la voix un brin sablée de Bono.


La section «  » de ce blogue s'enflant démesurément, les articles scientifiques viendront à la charge...

Ne me quitte pas...

Eh bien sillonnant la solitude, - tantôt peinard, tantôt avec une peine qui devient art -, contrée à défricher éternellement, je n'ai personne à qui offrir ces mots : « Ne me quitte pas »

Par contre, mon empathie étant toujours aux aguets, la moindre émotion prend, sous l'oeil de mon esprit, des proportions kaléidoscopiques.

Ainsi comment ne pas éprouver la plus poignante détresse, en même temps que le plus fébrile espoir, en entendant cette chanson ! Cet hymne à l'amour étant doublé d'une poésie succulente, sortie droit du ventre, j'en reste pantois...

Ainsi, une sublime vieillerie :

Christian Mistral, le géant aux doigts fins

Si vous ne connaissez pas Christian Mistral, vous êtes ou bien perdus, ou bien pas originaires du Québec... Cet homme est un conteur, remuant le triste arbre de la vie pour en faire tomber des fruits poétiques. Mistral raconte sa vie, c'est presque uniquement ce qu'il fait. Ses romans sont des « romans-réalité » pour ainsi dire. Notre bonhomme est une sorte de bohème, un rebelle, un barbare au coeur fébrile et à l'intelligence affûtée. Il croit être un génie. C'en est un : mais seulement lorsqu'il décide de faire le bien.

Christian Mistral est le premier romancier que j'ai lu à l'adolescence. Je ne lisais pas à cette époque, et pourtant, à l'âge de quatorze ou quinze ans, je me suis rué tête première dans Vamp, le roman mythique, où abonde un vocabulaire riche. Je me suis alors cogné le crâne ! Mon vocabulaire souffreteux ne me permettait pas de bien sonder le texte. J'avais alors décidé, je m'en souviens, de chercher chacun des mots dans le dictionnaire, et de tous les noter. Quel infernal exercice c'était, si l'on considère la richesse du vocabulaire de Mistral. Depuis, j'ai dû relire Vamp quatre ou cinq fois. Sans compter ses autres romans. À chaque fois, je suis étonné par la qualité de ses textes.

Lorsqu'on ouvre un livre de Christian Mistral, les mots ont un tranchant relief. Ils se soulèvent, s'amplifient, se rapprochent de vous, se gorgent de passion ; ils ont une odeur, une vie ; on est instantanément ailleurs, fascinés d'être pourtant ; si l'on retrouve des virtuoses de la musique, qui semblent faire de chaque envolée de notes un serment unique, alors chaque mot des livres de Mistral est sacré, et vous captive ; les phrases qu'ils forment se déroulent de façon ardente, gironde, avec une implacable, inlassable beauté, ainsi qu'une matière en fusion, dangereuse, qui progresse, étonne dans un vrai mystère, fait rêver... Quand je le lis, dégustant la succession suave et surprenante des expressions qu'il sait former, je pense : « Nul choix de mots ne serait plus parfait ; ah oui, ce mot également complète la suite parfaitement ; celui-ci aussi ! » ; telle est la réaction simpliste de celui qui s'enhardit face au génie de l'autre, génie dont le fruit semble si intellectuellement accessible, mais dont la gestation a été, à vrai dire, un tourbillon démené, où tout a dû être crument ressenti, réfléchi, repensé, soupesé, flairé par l'âme ! Voulu depuis les entrailles !

Le ton des textes de l'auteur québécois ont, par moments intercalés au joual, quelques reflets pour ainsi dire royaux, sans pourtant porter une essence guindée. Ses mots les plus riches ont la hauteur des étoiles, et ses descriptions aux paroles rares ont souvent la texture du rêve des grands peintres. Mais essentiellement, son ton est vrai, véritablement vrai, on l'entend penser ; c'est un grand conteur... Christian Mistral est violemment doué, et je le remercie d'être ce qu'il est.

L'affreuse rencontre d'une belle inconnue


Enseveli sous des vapeurs denses de nuit,
Le coeur chamarré dans ma poitrine pensive,
Je me retrouvais au jardin des fleurs lascives.
Morphée était venu me cueillir sans un bruit.

J'y vis une femme. Dans son regard ont lui
Les vapeurs pures du coeur à l'ardeur hâtive.
Plein de regards j'ai vus dans ma vie suggestive.
Ces iris-là étaient les quintessentiels fruits.

Ne l'ayant que croisée, j'aurais dû l'oublier.
Ne l'ayant qu'effleurée, qu'aurais-je pu savoir
À son sujet? Pourtant, j'entendais sa psyché.

À l'éveil, je souris, tombant du paradis.
Puis l'amertume me fit au coeur un trou noir!
Où revoir la nymphe et son bellissime esprit?

La langue de chez nous...

Laissons place au maître :

mardi 8 février 2011

J'adore cette chanson

It moves me, comme disent les anglophones.

Suis pas amoureux, ça non. Mais l'ai été, ne serait-ce que de brefs moments. D'ailleurs, pas même besoin de l'avoir été pour comprendre la force de cette chanson...

Le calendrier pataphysique

Alfred Jarry, inventeur de la `Pataphysique, laquelle est « la science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité » (j'ai appris cette définition par coeur et la récite rapidement et allègrement lorsque je parle de `Pataphysique, histoire de confirmer aux gens que je suis fou, quoique raisonné à la fois), la `Pataphysique, enfin, (je dois toujours, suite à mes longues parenthèses, rappeler au lecteur où nous en étions avant celles-ci), la `Pataphysique, dis-je, qui est une science de l'absurde, une philosophie amusante qui ne sert à rien, possède un calendrier, absolument fantastique, que nous devrions tous ma foi adopter !...

Dans ce calendrier, qui possède 13 mois, il n'y a que des « vendredis 13 » ; de plus, presque tous les jours du calendrier sont des festivités absurdes. Par exemple, le 1er jour du mois « Pédale » est « L'érection du surmâle »

Toutes les « festivités » ne sont pas aussi radicalement effrayantes ; mais celle qui est susmentionnée est très drôle, car elle détonne par rapport à cette infinité de fêtes relatives à de faux saints absurdes que comprend le calendrier pataphysique. D'ailleurs, cette vulgarité n'est pas entièrement gratuite, car Jarry a écrit un roman qui s'intitule Le surmâle.

Voici la liste des mois de ce calendrier :


Absolu (du 8 septembre au 5 octobre)
Haha (du 6 octobre au 2 novembre)
As (du 3 novembre au 30 novembre)
Sable (du 1er décembre au 28 décembre)
Décervelage (du 29 décembre au 25 janvier)
Gueules (du 26 janvier au 22 ou 23 février)
Pédale (du 23 ou 24 février au 22 mars)
Clinamen (du 23 mars au 19 avril)
Palotin (du 20 avril au 17 mai)
Merdre (du 18 mai au 14 juin)
Gidouille (du 15 juin au 13 juillet = 29 jours)
Tatane (du 14 juillet au 10 août)
Phalle (du 11 août au 7 septembre).

En ce 8 février 2011 du « calendrier vulgaire », nous sommes le 14 du mois « Gueules », donc le 14 Gueules, et en cette journée merveilleuse, la Fête à célébrer est la Nativité de St J. Verne, globe-trotter en chambre.

Plus de détails sur Wikipédia

Pour télécharger la version PDF du calendrier, du site web du Collège de `Pataphysique cette fois.

Charmante, charmante, charmante, sublime, charmante, sublime...



Pour Joss Stone

Joss Stone, aux soupapes du crâne qui cogite,
Masquée par l'or de sa crinière, se chante
Des rythmes très fous, qui, toute seule, l'enchantent !
C'est la perle de Soul tournante qu'elle abrite...

Son fleuve, bondé d'échos d'un désir cosmique,
L'emmène sur la chair de vagues colorées
— Multipliée dans les foisons de sons zélés ! —...
De cette étrange vie, que l'amour héroïque !

Mouvement roulant, oeil écrasant, esprit haut !
Que sa mode nous lie, qu'Elle donne ses mots !...
Quand Elle a un soupir, les instruments crépitent :

La musique en vagues rauques ou éclatantes
S'imbibe de sa voix puissante qui palpite,
Laissant la folâtre crier dans sa détente !

lundi 7 février 2011

Les fourmis (un rêve)

Les plus beaux rêves, selon moi, sont ceux où l'on n'a pas conscience de soi ; nous ne sommes alors qu'âmes fugitives s'imprégnant de délices aléatoirement croisés.

« Mais un instant... Le rêve nocturne, c'est précisément cela : s'oublier ; mourir, puis renaître holographiquement. Alors, le rêve n'est-il pas, par essence, une matrice de torrents où l'âme goûte un peu à tout ? »

Justement : dans le rêve - bien que son décor soit souvent baroque et fantasque -, nous sommes souvent nous-mêmes, ressuscités, à peine retouchés. Tout autour est précieusement absurde, mais nous sommes nous-mêmes.

Les plus beaux rêves, selon moi, sont ceux où l'on n'a pas conscience de soi ; nous ne sommes que la vue, sans yeux ; nous sommes tout ouïe, sans oreilles ; nous comprenons, sans cerveau. En d'autres termes, pas de corps. Nous ne sommes qu'une caméra invisible, dans ces onirismes-là. Je les aime beaucoup.

Peut-être sommes-nous alors le décor lui-même, les multiples personnages qui s'interconnectent, se chamaillent, s'interpénètrent par l'équation amoureuse de la parole, font briller une poésie que l'Aléa avait pris soin de cacher, de ne pas faire briller sous le regard de nos cerveaux trop bien réglés dans le règne du quotidien ?

J'ai eu un rêve comme celui-là. Miracle tout à fait onirique : en moi se trouvait la prescience ; tout le surréalisme ne se déversait pas sur ma tête d'un coup, en fait, beaucoup de données étaient « connues » avant que l'histoire ne démarre. Cela ne vous arrive-t-il pas parfois ? Par exemple, un personnage mystique, durant la nuit de sommeil, vous tend un billet de banque en affirmant que celui-ci, - à lui seul -, vaut un million de dollars, et vous le croyez. Il n'a pas besoin de vous convaincre. En fait, vous ne le croyez pas, vous êtes tout bonnement d'accord avec lui, comme si cela était une évidence, un fait précédemment connu. Trêve de langueur et de réflexions irisées, voici mon rêve, qui ne traite pas d'argent, mais d'un miniature peuple à l'âme d'or :

Il y avait, quelque part dans le monde, probablement en Afrique, ou dans quelque pays tropical dont je n'ai pas une souvenance très précise, cette formidable famille de fourmis. Ces fourmis étaient des fourmis royales !

Ces fourmis habitaient dans un château de sable délectablement conçu, et celui-ci reposait sur une plaque de verre. Ainsi notre famille royale ne vivait pas sous terre, mais dans une petite forteresse de sable et de terre, de même qu'à ses abords, création qu'elles avaient au reste pétrie et creusée à leur image et dans leur style, c'est-à-dire très finement, quoiqu'avec un aplomb fiévreux.

Elles étaient très jolies, ces fourmis ; certaines avaient même de magnifiques accessoires brillants. Pour tout dire, c'est la reine, qui avait l'un de ces regards si émouvants ne comprenant pas la haine, et fortifié par une intelligence ne cédant sa place qu'à la sensibilité, c'est cette reine, enfin, qui était davantage choyée que ses concitoyens et concitoyennes, quant à ces excédents brillants ; pensons à sa couronne couleur argent, d'une telle brillance ! (songeons à une extrême lumière, qui cependant n'agresserait pas) ; cette pure couleur argent, qu'avait également son miniature, coquet collier. La reine méritait bien ces éléments décoratifs parce que d'abord elle méritait son statut.

Prescience : ces fourmis avaient un talent unique, mondialement. Et cela allait de soi pour moi, spectre affamé de bizarrerie qui se prêtait au jeu de l'histoire !

Ces insectes étaient donc, à l'image des abeilles qui conçoivent le miel, les seules créatures, dans le royaume de la nature, habilitées à concocter le chocolat ! Oublions le cacao, il n'y en a point dans cette histoire. Ainsi la population mondiale vivait doucement, bien que sous l'ampleur de son rythme acharné habituel, en se procurant cette denrée fort sucrée, sans se soucier de ce qu'une seule famille de fourmis, sur ce globe verdâtre et aqueux, que je nomme Terre, en assurait la continue production.

Mais un jour, un drame survint. Des barbares, des salauds, des terroristes enlèvent les fourmis, soulevant la plaque de verre et le château y siégeant.

Nous sommes en direct à la télévision, toute la planète réalise l'ampleur de la chose : une famille royale, sur le point d'être décimée ? Plus aucun chocolat ?

Le clan bêta menace de massacrer, en direct à la télévision, ces fastueuses bestioles, si l'on n'acquiesce pas devant les termes de quelques-unes de leurs sinistres revendications. Triste sort.

J'ignore comment ce rêve s'est terminé. Cependant je me souviens avec quelle dignité, quel sang-froid, se comportaient ces fourmis kidnappées ! Déesses de l'harmonie, et participant d'un rêve sans nécessairement rêver, ces fourmis refusaient catégoriquement de se laisser impressionner par les mortels intimidateurs, refusant presque de croire qu'ils existaient.

N.B. Présent et passé se sont confusément entrechoqués ici et là dans cette histoire ; tel est peut-être le rêve, une incertitude temporelle ; le rêve relaté, lui, n'est que le rêve revécu.

Le suave havre sonore de Chantal Archambault

Tant qu'à être dans le country !...

Poème de mon cru, qui l'eût cru ?

Le country

Des trémolos du coeur, une trachée qui triche,
Fondant, modulant et prononçant chaque mot
Avant qu'il ne soit dit ; la gorge, cet étau,
Devient dans le country un exutoire riche !

Les instruments tirent trop large et défrichent
Les rêves, malgré leur indolence ; tempo
Émaillé de notes clignotant, de doux mots
Flottant sur les violons jusqu'aux gaies bourriches !

C'est une aventure de cowboys, sans fusils,
Enhardis d'amour pour Dieu, pour sa création :
La Nature, ô, qu'on palpe tant dans le country !

La voix rebondit, les instruments se relancent
En riant ; ou parfois un timbre de passion,
Chevrotant, dans un air étoilé, nous balance...

samedi 5 février 2011

Vladimir Kush

Un grand fantaisiste, du nom de Vladimir Kush, né en 1965 à Moscou, que l'on prendrait pour la réincarnation de Salvador Dali si celui-ci n'était pas mort en 1989, bouleverse le monde de la peinture, nous happe par sa candeur.


Two - Vladimir Kush


À première vue surréaliste, Vladimir Kush se proclame adepte du « réalisme métaphorique » ; cela est certes crédible, car le savant coloriste a cet art de peindre des idées simples, auxquelles s'incorporent naturellement d'autres idées tout aussi simples, en sortes de boutades de l'esprit, ce qu'une imagination moins fébrile, aux yeux moins ouverts, aurait pu gâcher. C'est comme dans un palpitant rêve plein de la sève de la naïveté, où les choses s'associent naturellement : telle chose semble être cela, alors elle l'est ; ou alors, ces deux idées, si jolies, semblent pouvoir se combiner : alors pourquoi pas ?

Par exemple, sur telle toile, les ailes d'un papillon seront des piécettes d'or ; sur telle autre toile, les vagues bleu poudre d'une mer sont les plis d'une nappe de table. Avec une richesse de détails, une exécution de prince, un style un brin caricatural, des panoramas inouïs, il donne vie de façon féérique et fantasmagorique aux métaphores candides d'or et d'azur qui traversent son esprit.

Les fruits, les papillons, les objets les plus divers sont son matériel psychique. Nous n'en demandons pas plus. Cet homme près de ses sens, magnétisé par les plus simples beautés, nous renverse en nous renvoyant le monde tel qu'il devrait l'être.


Treasure Island - Vladimir Kush


Ripples on the Ocean - Vladimir Kush


J'aime donc beaucoup cette candeur, ces couleurs. Il y a beaucoup de beauté dans ce qu'il fait, et une beauté jamais compassée, mais plutôt toujours libre ainsi qu'un papillon aux ailes chargées de rêve. C'est également très lumineux. Parions que c'est un homme heureux.

Ce que j'aime par-dessus tout, c'est lorsqu'une toile possède assez de richesse pour suggérer une histoire. Que dire de la prochaine image ? Qu'en pensez-vous ? J'y vois les hommes qui s'unissent, conscients enfin de leur impact terrible sur la biosphère, qui s'unissent, donc, dans le but de sauver une espèce traquée par le dérèglement de la nature, imputable à la sordide Humanité.


Breach - Vladimir Kush


Plus grand que nature, et possédant l'âme d'un enfant, Vladimir Kush sait bien plus que créer des histoires (ce qui est déjà, en peinture, un don). Il sait enfanter le périple. Voici ma toile préférée, que je supposais initialement conçue par Dali ; l'émerveillement que j'éprouve pour elle ne se taira jamais en moi. Tel admirateur jette un coup d'oeil à une toile, consent à laisser les émotions irriguer sa chair, dans cet intervalle de mouvance où il est planté devant elle ; pour ma part, en ce qui concerne cette mirifique escapade imaginaire, je me sens talonné par l'ivresse, même lorsque j'ai le regard clos. Cette oeuvre m'habitera à jamais.

C'est « Le départ du bateau ailé » ; comment faire preuve d'autre chose qu'une miraculeuse foi en observant cette récréation colorée, cette volonté secrète de percer les horizons avec amour ?


Departure of the Winged Ship - Vladimir Kush


La machine à voyager dans le temps (rêve)

Il nous est parfois donné de faire un rêve logique, si tant est que l'absurdité puisse être logique, ordonnée quelque peu. Il y a donc de ces rêves qui sont ordonnés, dont la succession d'idées est disposée, selon toute vraisemblance, de façon intentionnelle, comme dans un court-métrage. On dirait que le cerveau a eu le temps de réfléchir au rêve, avant de nous le présenter ! Ou alors, gorgé de l'alchimie nocturne, brasier d'imagination, il improvise avec une ardente excellence.

Dans ce rêve-ci, mon grand copain, le Baron Vergeture (c'est un sobriquet dont il prend conscience en lisant ces lignes — et c'est consciemment que je le lui attribue ! il n'émane pas du rêve), ainsi que moi-même, habitions un même appartement carré et terne, sorte d'entrepôt petit, peu éclairé. Une pénombre d'appartement. Et j'oserais dire une lourde pénombre. Ce détail compte peu d'un point de vue moral, dans la mesure où il ne faut pas y voir quelque projection psychologique : je pense seulement qu'un décor réel avait été omis par ma tête, mais on l'excusera considérant la suite. Ou peut-être avais-je voulu secrètement un décor mystique, glauque, parfait pour le déroulement de cette brève et insolite aventure.

Ainsi, par une belle journée ténébreuse, le Baron Vergeture et moi-même reçûmes un épatant cadeau, de je ne sais où : une machine à voyager dans le temps.

On peut alors se figurer deux amis débattant de toutes leurs âmes au sujet de la fiabilité de cette machine, du problème moral qu'occasionne le voyage dans le temps, du fameux effet papillon qui résulterait ne serait-ce que d'une seule action qui n'aurait pas dû avoir lieu dans le passé, mais qu'un voyageur aurait malgré lui commise... On peut s'imaginer toutes ces choses et d'autres, et l'on peut encore s'imaginer que les deux amis, d'une humeur pétulante, sentent le goût du passé investir leurs veines, ressentent l'ambition du futur leur matraquer l'estomac fébrilement.

On peut extrapoler et avoir ces considérations, certes, mais le Baron Vergeture et moi-même n'en avions aucune de cet ordre ou de cette profondeur. Nous voulions simplement user du joujou.

— Bon, dit-il, comment ça marche.
— Je ne sais pas. Mais je présume que si l'on peut voyager dans le temps, ça fait en sorte qu'on puisse aussi voyager dans l'espace.
— Que veux-tu dire ?
— Si je choisis Rome des années 500, alors j'ai choisi un temps et un lieu.
— Oui, bien sûr.
— Alors je pourrais choisir, dis-je, de seulement considérer l'aspect du lieu. Nous pourrions nous en servir pour voyager dans l'espace. On règle le chrono à « cinq minutes plus tard »... Par exemple, pour se rendre à l'épicerie.

Cette idée sans envergure et de nature pratique étant lancée, nous décidâmes sans plus tarder de l'essayer. Il était donc convenu que je visiterais un établissement collégial.

La machine, tel que rêvé et estimé, me propulsa dans ce lieu du savoir, ce qui devait être, comme prévu, quelques minutes plus tard. Je déambulais parmi les étudiants, triste de ne pas me sentir le moindre lien envers eux. Après cette embarrassante promenade, l'engin spatio-temporel me permit de rapidement regagner notre appartement obscur.

Le Baron, fébrile, attendait son tour. Je voulais lui faire part de mes commentaires, mais il ne voulait pas m'écouter, trop entêté à vouloir essayer le jouet temporel. J'éprouvais un grand malaise moral pour ma part. Il me semblait que la machine avait déformé, défiguré ma personnalité. J'étais le même, mais une lancinante pulsion me faisait crier ainsi qu'un loup-garou ; une petite partie de moi était devenue animale, la transfiguration était si profonde que je n'y pouvais rien. Ma réelle personnalité s'était abîmée, ou alors perdue quelque part ! « Qui veut faire l'ange fait la bête ! »

Tandis que, très sérieux, je m'affairais à expliquer tout cela au Baron, à ériger des mises en garde auprès de mon bon ami, — à grand renfort de hululements cruels et grossiers —, celui-ci n'en faisait qu'à sa tête en cherchant quel usage il pourrait bien faire de la machine.

— Bonjour, dit-il. J'ai bien la station de radio au bout de la ligne ?... Oui... Bonjour... Je me demandais : que croyez-vous que vous serez en train de faire, dans cinq minutes ?

vendredi 4 février 2011

Une partie de StarCraft II particulièrement intense

Une vidéo vaut 100 000 mots.

Le jeu « cadavre exquis »

Il y a un jeu que j'affectionne particulièrement, parce qu'il combine les mots et l'humour.

Afin d'y jouer, il faut idéalement être quatre personnes.

Chacun des participants a une feuille, et chacun cache d'abord ce qu'il écrit sur celle-ci.

Il faut y aller selon certains paramètres : la première personne inscrit sur sa feuille un nom, la seconde personne un adjectif, la troisième écrit un verbe, et la quatrième, elle, un complément de phrase.

Puis, dans l'ordre, chacun lit le lambeau de phrase qu'il a écrit en secret, et il en résulte des phrases vivement absurdes.

Voici un extrait des meilleurs cadavres exquis obtenus en famille :

Le bonhomme de neige artistique hurle dans l'espace sidéral.
Le curé menteur rougit de honte à l'heure de sa mort.
Sonia, très lente, s'arrache les poils de sourcils durant le carnage.
Le chef d'orchestre anorexique se triture la cervelle dans un palmier.
Le médecin gaffeur déglutit goulûment sous la jupe d'une étudiante.
La prostituée scintillante virevolte à Jérusalem.
Le lapin trop cuit se nettoie à Dallas.
Le jeune voisin très éduqué récite son texte dans mon Sapin de Noël.
L'animateur radio libéré s'excite sous la table.
Le pâtissier invisible se doigte dans un avion.
Le pusher intellectuel remet en question son orientation sexuelle dans la poubelle.
Le bodybuilder peu pressé gambade les fesses à l'air.
Un musicien très distingué pisse dans son lit.
Les vieux voisins illuminés souhaitent bonne nuit à leurs amis dans un sauna.
Le curé beau parleur s'excite au soleil.
Le p'tit gros incompris sourit dans une cage en verre.
Le proxénète exotique irradie à grands traits de crayon.
L'écolière catastrophée vomit sous la lampe éteinte.
Le Père Noël bizarre érige des plans parmi tous les flacons.
Un homme sensuel se torche avec des matraques en stainless.
Un «
transformer» attaché affectivement baise dans un cimetière hanté.
Le vieux curé enjôleur danse en solo sur la cuvette.
Le prof de maths aux yeux de feu se tortille sur une licorne.
L'antipathique silencieux se perd à la St-Valentin.
Le facteur pouilleux idéalise la crasse comme un buffet de la Stanza.
L'apprenti pusher totalement idiot cuisine, car après tout, il a 40 ans!
La vieille de 60 ans arbitrairement homosexuelle se pourlèche près d'un arc-en-ciel.
L’araignée aux yeux verts frappe des handicapés au cœur de la nuit.
La coccinelle suicidaire boit du thé vert avec des airs d'Éric Salvail.
Le voyeur sensuel humecte ses lèvres et fait cuire du saumon.
La lumière avide flatte le chat orange dans un film porno.
Le maire d'la ville, caramélisé, fabrique une poutine artisanale sous un parasol délabré.

jeudi 3 février 2011

Anselm Kiefer

Parmi les artistes visuels contemporains, nombreux sont ceux qui font exploser les formes - j'entends les contours, la netteté -, lesquelles formes cèdent plutôt leur place à un bruit visuel, un touffu chaos. Ne voulant s'encombrer de précision traditionnelle, ils ont d'autres techniques, guidés peut-être par un raz-de-marée émotif ? Leur arme - le pinceau, en outre - dissèque lumière, structures, idées, émotions. On ne regarde pas un paysage à proprement parler, ce n'est pas non plus un surnaturalisme nous y faisant déceler les émotions de l'auteur, c'est l'inverse : des émotions denses, colorées sans nécessairement l'être, ont alors quelque allure de paysage ou de physionomies communes.


S'il est un Allemand qui réussit prodigieusement dans l'art de renouveler l'art (d'ailleurs, le pinceau et la peinture ne sauraient lui suffire (il emploie une multitude de matières)), c'est Anselm Kiefer. Je connais peu Kiefer, mais plus j'observe ses toiles, plus il me fascine. Dans le tordu déraillement de ses oeuvres, je vois poindre une lumière. Si je me fie à une encyclopédie en ligne très connue, Kiefer affirme d'ailleurs : « Plus vous restez devant mes tableaux, plus vous découvrez les couleurs » Je vois du reste dans ses oeuvres des histoires. J'y vois ce qu'auraient pu être les poèmes de Rimbaud s'ils avaient été assujettis par une flamboyante tristesse. J'y décèle une unité sensée, même si le style est broussailleux.


Mais s'il est une oeuvre puissante qui frappe droit au coeur, alors c'est « Pluie d'étoiles » (aussi connue sous le nom de « Chute d'étoiles »). J'ai découvert cette oeuvre (et, ce qui n'est pas rien, Anselm Kiefer lui-même !) tandis que je lisais un magazine d'art il y a quelques années. Ma vie, à cette époque, n'était qu'une immense atrophie dont le seul luxe était une intense, furibonde, sincère rêverie ! Cette oeuvre, donc, résonnait en moi d'une façon particulièrement intime ; mais si l'on exclut l'observateur subjectif que je suis, cette toile est en soi vraiment perçante, très originale. C'est un contraste vertigineux. D'abord, la mort, ou ce qui a l'apparence de la mort ; et le rêve, ou du moins ce qui a l'apparence du rêve, c'est-à-dire un ciel miraculeusement étoilé. Les suggestions sont nombreuses ; et même le moribond semble les éprouver.


Rêve premier, le vieillard

J'ai récemment emménagé dans un bel appartement montréalais. Or, peu de temps par la suite, j'ai rêvé à de nombreuses reprises à un appartement somptueux, jamais le même, censé représenter celui où je vis présentement. Je me demande pourquoi le cerveau distorsionne tant la réalité dans le rêve ? Puisque, me dira-t-on, ce n'est pas la réalité, mais le rêve. Je comprends bien que le rêve fasse bouillonner une chimie d'intense imagination lorsque l'on dort, oui, ça, je le comprends ; or toutefois, je m'attendrais, justement, à ce que mes rêves soient découvertes et inventions, et non une fluctuation du réel. Je m'étonne toujours d'avoir vécu, et oserais-je dire « commis » (étant donné le degré d'investissement dans ces films mentaux), vécu, dis-je bien, un rêve décalé par rapport à la réalité et d'y avoir cru avec une intense naïveté. J'admire les gens capables de se dire, au milieu des onirismes nocturnes les plus implacablement, magnifiquement trompeurs, « ceci n'est qu'un rêve » !

Ainsi, lorsque tout récemment je dormais (mais l'ignorais !), je me retrouvais entouré de ma famille, dans mon nouvel appartement. Pour une fois, mon logis était sensiblement le même que celui qu'il m'est donné de réellement habiter, et il n'y avait pas d'extravagances notables, telles que (si je me réfère à un autre rêve) une manette me permettant de faire descendre la salle où je me trouve à un étage inférieur, laquelle pièce se transforme alors en salle de bains. Rien de cela, pour une fois ! C'était chez moi, ma famille était présente (elle n'habite pas avec moi en réalité — mais dans ce rêve, c'était le cas). Une sorte de tourbillon d'étrangeté nous unissait, nous liguait, je ne sais pas si nous parlions, mais nous étions, et ce, avec beaucoup d'intensité. Nous étions en caractères gras, pour ainsi dire ; par trop présents ! Mais nous n'avions rien à dire... Pour tout dire, rien d'anormal pour un rêve ; nous étions épanouis à la façon des drogués.

Soudain, quelqu'un eut la bonne idée d'ouvrir la porte d'entrée. Nous constatâmes qu'il y avait, de l'autre côté de celle-ci (mais pourquoi ? il lui avait fallu monter de longues marches !), un homme au summum de la sénescence, un vieillard en proie à de lourds hoquets, qui secouaient tout son être. Celui-ci tressaillait de façon abominable. Une épilepsie debout, au ralenti. Des pas de danse chaotiques. Des remous d'une gymnastique monopolisant tout son coeur...  Quelques secondes ensuite, il était mort.

Pourquoi le pauvre homme était-il venu mourir devant chez moi, devant ma porte ? Pourquoi avions-nous ouvert la porte à cet instant même ? Un rêve n'a pas de pourquoi, tout d'abord ; et pas de temps mort, bien qu'il ait son occasionnelle moisson de défunts.

Nous décidâmes d'emmener le frais cadavre à l'intérieur. Celui-ci, bossué par l'âge et la peine, était un hideux monument de rides. Personne ne savait comment réanimer cet homme, l'arracher à la mort, le ressusciter en un mot. Nous crûmes alors bon de contacter les services d'urgence.

Lorsque les deux ambulanciers arrivèrent, ils me questionnèrent à la façon des experts, c'est-à-dire avec des reproches ; l'un d'eux, en particulier, s'avança vers moi, les yeux grands :
— Avez-vous pratiqué les manoeuvres de réanimation élémentaires ? me demanda-t-il.
— Non, personne ici ne sait comment faire.
Il eut un sursaut d'amusement à la gorge ; il ravala son rire.
En me mettant une main derrière la tête, tandis qu'il me fixait toujours droit dans les yeux, il dit :
— C'est très simple. Regardez. Je vous caresse l'arrière de la tête. C'est une manoeuvre de réanimation ! Ce vieillard est mort d'un manque d'amour !

Tandis qu'il me caressait l'arrière du crâne, je pouvais soudain voir à l'intérieur de ma propre tête : mes neurones, que je voyais intensément grossis comme de par un microscope psychique, s'agitaient avec joie, dans une sorte d'effervescence pixelisée.

Sitôt sa démonstration faite, il s'agenouilla près de l'homme, plein d'une fébrilité professionnelle, et lui administra la manoeuvre de premiers soins — celle-là même qu'il venait de tester sur moi.

Le vieillard avait d'abord le regard dilué dans la fixe observation du néant, mais retrouva enfin un brutal souffle : la vie darda son regard effarouché ; sa pupille redevint donc normale, si tant est que l'effarement grandiose soit normalité. La vie semblait lui revenir par à-coups ; maintenant il était en vie, l'instant d'après il était mort ; le moteur de la vie toussotait, néanmoins, ses neurones enhardis par l'amour qui lui avait tant fait défaut semblaient vouloir faire que le bonhomme revive.

Une fois le croulant monsieur ressuscité, celui-ci titubait toujours, ses motions étaient tranchantes comme des éclairs, les mouvements d'un homme qui ne contrôle plus rien et n'est commandé que par des pulsions d'absolu. Il claudiquait donc toujours de cette bizarre façon. Les ambulanciers, estimant avoir fait leur travail, se fondirent, dans leur départ, au décor du rêve. L'homme âgé (quel âge a-t-on lorsque l'on revient de la mort ?), lui, quitta mon appartement, afin d'aller connaître d'autres morts et d'autres amours qui remastériseraient la symphonie en déclin de son coeur...