Pour Bastien Gaillardet
Je voulais d'abord te coudre
Une histoire en vers
Une histoire symétrique
Polie par ma main
Belle et ourlée à merveille
Mais tu as toujours enjambé
Les règles
Et préférais
Le rêve sans modération
Toi Titan à la crinière d'or
Et tu me facilites
La tâche, en me faisant
Réaliser comme cette
Formule
N'était pas faite pour toi
Tout comme serait
Par trop encombrant
Un cercueil
Pour un mort
Rêvant des légions de rêves
Qui voudraient toujours chanter!
Rêves dégoulinants engloutis
Sous des yeux bleus
Trop tôt fermés
J'aurai désormais la main
Plus libre
Et le coeur
Plus léger
En songeant ici à toi
Tu n'étais ainsi qu'un héros ordinaire
Un titan au coeur en fleur
L'âme des tiens
Le duc de l'outrance
Tu étais jeune. Beau, et ce, férocement.
Tu fus jeunesse.
Torrent dans les torrents !
Tu fus un soleil chaud
Dans les nuits d'errance,
Vagabonde étoile creusant l'insouciance.
Tu enveloppais les tiens de rayons géants.
Tu étais tout comme
Le Survenant — mais sans partir,
Et sans frontière.
Ici était ton idéal !
Très grand, tête fleurie, regard bleu infernal,
Tes mots étaient festin de foi, ce qui attire.
Tel un essaim d'ombres roses qu'on fit fleurir,
Les femmes t'aimaient, te talonnaient, Frère astral !
Tu les tenaillais doucement,
Fébrilement,
De par cet amour
qui brûle les lèvres, à force
De mots sacrés, de baisers sucrés.
Mais ton reflet, c'est tout
Ce qu'elles ont pu séduire.
Non loin, tu étais pourtant déjà ailleurs.
Déjà, tu cavalais vers d'autres yeux rieurs,
Vers une moisson d'âmes bohèmes
Qu'amenait la vague de la jeunesse,
Vers d'autres songes,
Les yeux en marée et le coeur en verve,
C'était ta façon d'être.
Comme je t'ai envié!
Mais je t'enviais avec respect,
Avec un appétit ivre
D'être comme toi.
Tu t'insinuais dans toutes
Les situations
Avec ta franchise
Insolente
Tu pouvais plaire
À quiconque
Tu étais de toutes
Les bringues,
Aussi flamboyant
Qu'une sirène de police...
Mais c'est justement
Ces mêmes sirènes
Qui ont éclairé
La dernière scène
De ta vie
Toi à qui
La métaphore enivrée
Ne suffisait guère
Orgueilleux,
Tu cherchais
Ta propre traverse
Tu trébuchas pourtant,
Plongeant dans
La mousse démente
D'une rivière affamée
J'ai vu une photo
De toi, datant
D'avant l'accident.
Tu avais cette mine
Déconfite
Du rêveur qui ne
Rêve plus.
D'aucuns ont dit
Que cela présageait
L'ultime drame
Ayant noyé ta vie
Nous t'avons sacré mort
Avec une virulence
D'impassibilité
J'avais écrit, au sujet de toi :
« À présent, tu n'as plus d'oreilles pour entendre,
Tu n'as plus d'yeux pour voir, plus de sang pour croire.
La nuit, ce dégueulis d'ombres, t'a attrapé,
Et dans ses entrailles tu dormiras, léger. »
Je crois que c'est une belle foutaise.
C'est avec l'Éternel que tu rimeras, Bastien.
Si un battement d'ailes
D'un frêle et doux
Papillon
Peut causer des tempêtes
À cent mille lieues
Une âme comme la tienne, alors,
Doit certainement avoir
Des échos
Dans les plus lointaines
Galaxies
Si tu n'es plus qu'un
Homme raide et
Infiniment patient,
Il faudra me pardonner,
Car je crois à la vie
Après la vie.
Toi qui étais âme de la fête et du vice,
Es-tu parvenu à faire fumer un joint
Au Père suprême, celui qui t'a disjoint ?
Revis-tu ? T'es-tu relevé du précipice ?
Je t'imagine bien flanquer la trouille aux astres,
En flamboyant plus fort que ces soleils amorphes.
Je suis sûr que toi, l'étoile thériomorphe,
Tu illumines nos regards pleins de désastre !
Vois comme l'éternité te sied ;
Même mort, tu sais nous communiquer la vie...


