mercredi 4 juillet 2012

Elle m'a demandé...

Helenablue, ma charmante voisine dans le monde du blogue, m'a posé la question suivante, sur un réseau social : « Qu'est-ce que cela t'inspire, ce nombre de visites, sur ce sujet? »

Tu m'as permis de prendre le pouls de ma propre pensée, merci à toi Helena.

Voici donc ce que je lui ai répondu : Je préfère la popularité littéraire. Une idée de nature politique ne constitue jamais pour moi que le cadet de mes opinions. C'est trop concret pour moi, cet univers. Je n'aime pas discutailler avec des gens à la pensée qui s'accommode d'une arène aux paramètres si restreints. La suprême valeur à mes yeux, c'est le sentiment d'humanité. Quand je regarde le monde politique, je ne vois que des gestionnaires goguenards englués en des idées qui n'ont pas le lustre du vrai rêve, en des opinions binaires, en la corruption, etc. Bref, ça me désole un peu que les gens s'enflamment pour la politique, qui n'est pas réellement plus intéressante qu'une aile psychiatrique, mais qu'un soleil ou un combat distillés dans un poème trouvent plus difficilement preneur. Les nombreux individus qui se sont spontanément abonnés à moi sur Twitter vont être déçus lorsqu'ils vont voir que ma priorité est de détailler les nuances du ciel. Si je suis facilement capable d'être polémiste, je n'en ressens pas le goût. Avant la polémique, il y a pour moi le goût de la logique, qui est un plaisir délicat. Quand on piétine ce plaisir délicat avec des arguments bavant le stupide, c'est là que je me fâche. On dirait que je suis fruste, mais ce n'est pas du tout ça...

J'ajouterais ceci, cependant. Les gens à l'intérieur de la maison ont coutume de parler de leur résidence. Moi, le passant, j'ai critiqué la bicoque de l'extérieur, mais sans plus. On m'a entendu, et on a voulu me faire entrer pour en discuter. Comme il est vrai qu'en un sens j'ai voulu traiter de ce sujet, exceptionnellement, je vais au moins aborder la question de ma coupure de pensée, de ce retrait. Je ne suis pas quelqu'un de fermé à la discussion, en général. Mais je suis très lucide. Lorsque deux systèmes d'idées extrêmement différentes s'affrontent, ou bien il n'y a pas réellement place à un grand dialogue puisque s'affrontent des ensembles intellectuels, moraux et culturels bien différents, et qui n'aspirent pas à changer puisque ces constellations d'idées ont leur architecture propre (par exemple, il ne me viendrait pas à l'idée de «discuter» (dans le sens d'amoindrir une volonté ; j'emploie discuter, ici, au sens de tisser des compromis) de mon désir de faire du Québec un pays ; vous le voyez, c'est plus qu'une simple opinion malléable, c'est un astre radieux qui opère dans une galaxie précise) ; ou bien ces systèmes de pensée très différents, qui gagneraient à être réconciliés jusqu'à un certain point, pour une paix sociale, pour un idéal démocratique, seront mutuellement digérés, avec lenteur. Tout ne se résout pas comme un problème d'algèbre.

Ainsi, je ne suis pas d'ordinaire fermé au dialogue. Mais j'aime les vrais échanges, justement. La stagnation, non merci. Me faire rebattre les oreilles avec les mêmes propos, je passe mon tour. Votre opinion, poignée de guérillistes, sauveurs de la démocratie qui tousse, je la connais, je n'ai pas besoin de la voir morver de vos bouches incessamment, car si ces idées doivent faire leur chemin en moi, elles le feront ; sinon, il faudra admettre que nous sommes dans des galaxies différentes.

7 commentaires:

  1. Voilà un extrait de Nietzsche qui résume, en bonne partie, mon opinion sur le sujet...

    Des mouches de la place publique (Ainsi parlait Zarathoustra)

    Fuis, mon ami, dans ta solitude ! Je te vois étourdi par le bruit des grands hommes et meurtri par les aiguillons des petits.

    Avec dignité, la forêt et le rocher savent se taire en ta compagnie. Ressemble de nouveau à l’arbre que tu aimes, à l’arbre aux larges branches : il écoute silencieux, suspendu sur la mer.

    Où cesse la solitude, commence la place publique ; et où commence la place publique, commence aussi le bruit des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses.

    Dans le monde les meilleures choses ne valent rien sans quelqu’un qui les représente : le peuple appelle ces représentants des grands hommes.
    Le peuple comprend mal ce qui est grand, c’est-à-dire ce qui crée. Mais il a un sens pour tous les représentants, pour tous les comédiens des grandes choses.

    Le monde tourne autour des inventeurs de valeurs nouvelles : – il tourne invisiblement. Mais autour des comédiens tourne le peuple et la gloire : ainsi « va le monde ».

    Le comédien a de l’esprit, mais peu de conscience de l’esprit. Il croit toujours à ce qui lui fait obtenir ses meilleurs effets, – à ce qui pousse les gens à croire en lui-même !

    Demain il aura une foi nouvelle et après-demain une foi plus nouvelle encore. Il a l’esprit prompt comme le peuple, et prompt au changement.
    Renverser, – c’est ce qu’il appelle démonter. Rendre fou, – c’est ce qu’il appelle convaincre. Et le sang est pour lui le meilleur de tous les arguments.

    Il appelle mensonge et néant une vérité qui ne glissent que dans les fines oreilles. En vérité, il ne croit qu’en les dieux qui font beaucoup de bruit dans le monde !

    La place publique est pleine de bouffons tapageurs – et le peuple se vante de ses grands hommes ! Ils sont pour lui les maîtres du moment.

    Mais le moment les presse : c’est pourquoi ils te pressent aussi. Ils veulent de toi un oui ou un non. Malheur à toi, si tu voulais placer ta chaise entre un pour et un contre !

    Ne sois pas jaloux des esprits impatients et absolus, ô amant, de la vérité. Jamais encore la vérité n’a été se pendre au bras des intransigeants.

    À cause de ces agités retourne dans ta sécurité : ce n’est que sur la place publique qu’on est assailli par des « oui ? » ou des « non ? »

    Ce qui se passe dans les fontaines profondes s’y passe avec lenteur : il faut qu’elles attendent longtemps pour savoir ce qui est tombé dans leur profondeur.

    Tout ce qui est grand se passe loin de la place publique et de la gloire : loin de la place publique et de la gloire demeurèrent de tous temps les inventeurs de valeurs nouvelles.

    Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude : je te vois meurtri par des mouches venimeuses. Fuis là-haut où souffle un vent rude et fort !

    Fuis dans ta solitude ! Tu as vécu trop près des petits et des pitoyables. Fuis devant leur vengeance invisible ! Ils ne veulent que se venger de toi.

    N’élève plus le bras contre eux ! Ils sont innombrables et ce n’est pas ta destinée d’être un chasse-mouches.

    Innombrables sont ces petits et ces pitoyables ; et maint édifice altier fut détruit par des gouttes de pluie et des mauvaises herbes.

    La suite dans le prochain commentaire

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  2. La suite

    Tu n’es pas une pierre, mais déjà des gouttes nombreuses t’ont crevassé. Des gouttes nombreuses te fêleront et te briseront encore.

    Je te vois fatigué par les mouches venimeuses, je te vois déchiré et sanglant en maint endroit ; et la fierté dédaigne même de se mettre en colère.

    Elles voudraient ton sang en toute innocence, leurs âmes anémiques réclament du sang – et elles piquent en toute innocence.

    Mais toi qui es profond, tu souffres trop profondément, même des petites blessures ; et avant que tu ne sois guéri, leur ver venimeux aura passé sur ta main.

    Tu me sembles trop fier pour tuer ces gourmands. Mais prends garde que tu ne sois destiné à porter toute leur venimeuse injustice !

    Ils bourdonnent autour de toi, même avec leurs louanges : importunités, voilà leurs louanges. Ils veulent être près de ta peau et de ton sang.

    Ils te flattent comme on flatte un dieu ou un diable ; ils pleurnichent devant toi, comme un dieu ou un diable. Qu’importe ! Ce sont des flatteurs et des pleurards, rien de plus.

    Aussi font-ils souvent les aimables avec toi. Mais c’est ainsi qu’en agit toujours la ruse des lâches. Oui, les lâches sont rusés !

    Ils pensent beaucoup à toi avec leur âme étroite – tu leur es toujours suspect ! Tout ce qui fait beaucoup réfléchir devient suspect.

    Ils te punissent pour toutes tes vertus. Ils ne te pardonnent du fond du cœur que tes fautes.

    Puisque tu es bienveillant et juste, tu dis : « Ils sont innocents de leur petite existence. » Mais leur âme étroite pense : « Toute grande existence est coupable ».

    Même quand tu es bienveillant à leur égard, ils se sentent méprisés par toi ; et ils te rendent ton bienfait par des méfaits cachés.

    Ta fierté sans paroles leur est toujours contraire ; ils jubilent quand il t’arrive d’être assez modeste pour être vaniteux.

    Tout ce que nous percevons chez un homme, nous ne faisons que l’enflammer. Garde-toi donc des petits !

    Devant toi ils se sentent petits et leur bassesse s’échauffe contre toi en une vengeance invisible.

    Ne t’es-tu pas aperçu qu’ils se taisaient, dès que tu t’approchais d’eux, et que leur force les abandonnait, ainsi que la fumée abandonne un feu qui s’éteint ?

    Oui, mon ami, tu es la mauvaise conscience de tes prochains : car ils ne sont pas dignes de toi. C’est pourquoi ils te haïssent et voudraient te sucer le sang.

    Tes prochains seront toujours des mouches venimeuses ; ce qui est grand en toi – ceci même doit les rendre plus venimeux et toujours plus semblables à des mouches.

    Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude, là-haut où souffle un vent rude et fort. Ce n’est pas ta destinée d’être un chasse-mouches.

    Ainsi parlait Zarathoustra.

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  3. Brillant, édifiant. Merci beaucoup.

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  4. Voilà belle matière à réfléchir entre Fiedrich et toi, Guillaume!

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  5. Lyes! Nietzsche n'était pas un personnage qui m'attirait particulièrement... Mais par ce beau souffle philosophique embaumant la poésie, il me convainc de lui accorder un temps de studieuse lecture!

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  6. j'ai un souvenir ému de "la généalogie de la morale" que j'ai découverte à 16 ans... J'en avais été toute retournée!! Le relire peut-être maintenant, trente ans après, tien c'est une idée!! Je crois que Fiedrich devrait te plaire, oui. En tout cas, sagissant de toi, j'éprouve des frissons de plaisir à te lire et à te découvrir au travers de ton écriture si sensible et unique!

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  7. Je tâcherai de faire en sorte que ce soit la première oeuvre de Nietzsche que je lise. C'est si gentil Helena. Tu pourras me découvrir davantage, bientôt. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Hihi. Mon alter ego littéraire surgira prochainement en une novela, que je vais publier ici.

    Cheers and peace and love.

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