lundi 24 décembre 2012

Distraction et âmes qui passent

Je suis distrait.

Je crois que c'est mon pire défaut.

Je préfère la bicyclette à l'automobile : c'est plus sain pour moi-même et les autres. En fait, je préfère marcher plutôt qu'être à bicyclette. J'ai déjà foncé, dans un furieux dévalement, à califourchon sur une armature tremblante et sonore, sur une auto stationnée.

Sans m'en rendre compte, j'irais travailler nu. Vous allez me dire : mais les autres en seraient heureux ! Je serais pour ma part un tantinet embarrassé : je n'aurais tout simplement pas assez de temps, en une seule journée, pour partager cette délectable sculpture charnelle qu'est mon corps avec toute la gent féminine...

Il semble que mon grand-père maternel ait eu ce défaut. Non pas qu'il fût avare de sa sublime personne — à vrai dire, ça ne me regarde pas et je ne veux pas m'aventurer là (merci) —, mais il était distrait.

Lorsque mon grand-père est décédé — j'avais onze ans —, nous nous sommes réunis au salon, et nous avons pleuré. Soudain, ma mère a lancé cette phrase : « Il était si distrait qu'il n'a sans doute pas encore réalisé qu'il est mort. Il va le comprendre lorsque son âme va venir nous visiter, tandis qu'on le pleure. »

À cet instant, à l'autre bout du salon, j'ai vu apparaître un suave, harmonieux, irréel, magnétisant petit papillon extrêmement chargé de lumière. J'étais convaincu que c'était son âme. Aussi ai-je tenté d'en aviser, dans une joie confuse, les autres. Personne ne m'écoutait. Puis, je me suis levé, j'ai couru vers le papillon, qui s'était dirigé vers la lumière d'une lampe. D'insecte de soie divin il n'y avait plus. Il s'était fondu au territoire absolu du lumineux.

5 commentaires:

  1. Epoustouflant de haute poésie, tout simplement!
    Superbe ce "papyllon"!

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  2. Merci pour ton doux commentaire!

    Ce fut le début d'une longue suite de mystères aux auras auriques...

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  3. Magnifique!
    Aussi splendide que vous l'êtes, jeune homme.
    Je serai de cette gente féminine à vos trousses, ça oui! :-)

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