dimanche 20 juillet 2014

Portrait V

Il y a dans l'air la graisse des jours qui n'ont jamais pu être consommés.

C'est un matin d'un froid tout en brise, de ce froid qui châtie et réveille.

Il y a tout ce qu'il faut dans l'aura brumeuse autour de ce personnage : du bleu proportionné au gris, tous deux amendés par une clarté presque religieuse, le gaz de la pensée, des oiseaux qui klaxonnent comme des taxis.

L'homme, étagé par boules, est une montagne adipeuse, il est assis sur un banc.

Il y a dans son regard penché et blindé d'humidité une fixité éperdue et tendre.

Il se remémore les vieilles victoires presque raflées.

Il a les cheveux rasés, étincellement blond ! Ses yeux verts, avec les commissures en particulier, forment un regard qui fait la moue. Il a les os zygomatiques forts et ronds. Barbe qui picote, comme un feu dans le blé.

Gueule qui décongèle lentement.

Son cou est effrayant d'épaisseur.

Le reste de son corps est un mont Fuji de gélatine.

Ses pieds semblent menottés.

Ses grosses mains de bûcheron roses, de pâtissier qui se nécrose, se frôlent seulement un peu au niveau des pouces.

Soudain, il se lève. Cela ne sent pas très bon. Tout son corps conspue l'initiative de ce flasque élan.

Il se remet à courir, comme autrefois, en faisant trembler le sol. Son corps se sculpte sous les enflures de la terre. Il devient gracile comme l'air, sculpté comme un prince de première viande. Ses yeux ne peuvent plus contenir les corpuscules de vérité harmonique. Le soleil qui le suit partout est désormais son châle de chaman. Son ancienne apparence déboulonnée est son ombre.


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