vendredi 6 janvier 2017

Troisième vision de la Madone

LUI

Ah ! zut ! toi ! Ribaude lettrée,
Cent pour cent rustique et sublime !
Ton infinie bouche cintrée
Sait parfois confondre une rime…

Sous cette pensive crinière,
Quel joli monstre à dévorer !
Ma courtisane sans prières
Courant pour ne pas s’écœurer !

Quand je t’ai vue, il a bondi,
Un tic du trac faisant tic tac !
Bondi tic tac ! mon cœur raidi,
« J’suis la madone ! », qu’elle attaque…

ELLE

La vie se ronge, une vraie tarte !
C’est un triangle à partager.
Bon, puisque ces lèvres s’écartent,
Poussons-y les fraises gelées !

Quel affable interlocuteur !
Front chaud, je suis à la confesse,
Il m’ausculte l’âme et le cœur,
Il n’a point regardé mes fesses…

Il doit être homosexuel,
Ecclésiastique, écrivain,
Ou un attardé sensuel,
Alors je l’aimerais en vain !

LUI

Chenapan aux mille vertus !
Je connais ta sauvagerie,
Quelle sagesse abrites-tu
Sous un manteau de rêverie !

J’aime les cambrures de l’âme,
Mais aussi tes hanches rieuses ;
Je mordrais ma main dans les flammes
Pour posséder ces mystérieuses…

Morveuse céleste, tu sais,
Tu as trouvé un adversaire
Qui aime parler à l’excès
De même que les chocs de chair !

ELLE

Ah ! Après tout !... Il sait sourire !
Une débilité mentale
Le faisant beaucoup discourir
L’avait peut-être mis à mal !

Mais il s’en sort, et accélère !
Il me crible d’images folles !
De partitions se charge l’air,
Des tirs de couleurs qui s’envolent.

Puis c’est un pervers tout à fait
Honnête, il regarde sans cesse
Ma terrible main qui défait
Ma tignasse en délicatesse…

LUI

Ce pirate aux yeux pleins de mers
Est réellement très sensible !
Ses opinions sont sincères
Et son rouge muscle extensible !

J’aime sa tendre barbarie
De tragique enfant mijoté
Dans un soleil de féérie !
Jésus tout plein de volupté !

Cœur en exponentiation
Sérieuse, on le sent sur le point
De se tordre en une ambition
Qui ferait fuir les méchants loin !

ELLE

Je n’ai jamais vu ce sérieux
Chez un rêveur si excentrique.
Il veut ériger jusqu’aux cieux
Des palais forts comme des triques !

Parfois son esprit est un sabre,
Parfois ses yeux une caresse...
Le vieux garçon tout doux se cabre
Et se passionne avec adresse !

On dirait qu’il me perçoit comme
La plus pure désinvolture !
Un singe tombé dans les pommes,
À défaut de jaunes pelures !

LUI

C’est l’exploratrice des songes
Qui écume toutes les quêtes,
Aussi curieuse que l’éponge
Ou bolide sans queue ni tête !

Quel cas unique, elle envahit
Ma poitrine, l’âme empourprée !
Mon cœur flottant glousse ébahi
Tant entiché que consterné !

Je crois qu’elle me magnétise,
Cette militante de tout !
Ce petit bout de femme attise
Jusqu’au frissonnement des joues…

ELLE

« Prophète compact », a-t-il dit.
Surnom charmant pour me railler !
Mais son sourire de bandit
Me fait quand même dérailler…

Même s’il a d’acérées dents
Ainsi que le culot de rire
De moi, je vois bien qu’en dedans
Il veut tirer autrui du pire !

Ce scientifique cocasse
A la lueur dans l’œil torride !
C’est l’idéaliste vorace !
D’une tendresse il est avide…

EUX

- Embrasse-moi du tremblement
Électrisant nos roses bouches,
O madone au gai cœur fumant !
De brillances tes yeux me touchent !

- O prince improbable mais vrai
Pourquoi fais-tu de la magie
En édifiant des vers frais ?
As-tu donc peur quand tu agis ?

- Écrire me donne la foi !
Des corridors s’ouvrent devant,
Des êtres en sortent parfois !
Viens, et rends ce conte vivant !

- O mon beau prêtre maladroit,
Quand tu tires sur le décor,
Ta magie te brûle les doigts,
T’intercepte ainsi qu’anticorps !

- Comment alors nous rencontrer,
Déité à la peau qui chante
Sous les caresses concentrées ?
Et unir nos bouches béantes ?

- Pataud mage, ne brusque plus
La vie avec ce que tu veux !
Pourquoi songes-tu en surplus,
En multipliant les vains vœux ?

En me voyant, tout sera clair ;
J’aurai peut-être le cheveu
Noir, blond ou roux, des yeux sincères
Ou encore un air ténébreux !

Qu’importe mon corps si j’ai l’âme ?
Pourquoi épingler une image
Comme si le reste est infâme ?
Je suis peut-être noble et sage.

Surtout, ne fais pas que tester !
Ne pense pas à m’arracher
Au soleil pour m’y renvoyer !
Rêve un amour tout en beauté…

O, triste poète, j’arrive !
Tu t’es plu à m’imaginer !
Sache que mes visées lascives
Devancent ce qui est rêvé !