jeudi 1 août 2019

École; psychologie; extrait de roman

Comme je l'ai dit, l'école est une tyrannie, et on peut très bien apprendre par soi-même. J'étudiais la psychologie bien longtemps avant d'aller à l'université. D'ailleurs, je me demande si je ne l'aurais pas étudiée plus sérieusement, seul. Allons, c'est pas sérieux, l'université! À l'un de nos premiers rendez-vous galants, la psy que je fréquentais m'avait dit: «Avec toi, j'ai le même genre de discussions au sujet de la psychologie que j'avais avec mes camarades au doctorat.» I know, right?

Cela dit — pour faire suite à ce que je viens tout juste de publier —, j'avais envoyé le texte qui suit à la chargée de cours qui enseignait durant la deuxième partie de la session, cet été.

Le précédent billet ne couvrait pas l'entièreté du cours (et c'était loin d'être mon but: la difficulté de ce cours, c'est de comprendre les innombrables études qui y sont présentées... comme toujours), et ce qui suit en explore un autre pan, d'une façon plus colorée, originale.

Estime de soi, bullying... C'est un passage d'un roman que j'ai écrit, il y a de nombreuses années.

*

Le jeune frisé était à l'autre bout de l'arène de récréation. Léon voulut le retrouver. Il s'élança, se fraya un chemin vivement dans la dense et jeune population étudiante, ainsi qu'un couteau qui coupe vivement, droitement dans un fromage.

- Salut, camarade!
- Salut Léon.
- C’est une splendide journée, tu ne trouves pas?
- Je ne trouve pas.
- Pourquoi! Regarde autour de nous… Quand tu vois ce beau ciel, quand tu entends tous ces rires… Tu n’es pas heureux?
- Bof!
- Qu'est-ce que tu penses de tout ça, allons?
- De quoi, exactement?
- Bien, de tout ce qu'il y a autour de nous.
- Je vois une cour de récréation, des arbres, un ciel, l'enfance à perte de vue, l'enfance qui fond, l'enfance qui s'entortille, qui se prend dans les barbelés dissimulés sous les nuages. À quoi fais-tu allusion, pour être plus précis?
- Tu considères toujours l'aspect matériel des choses avant de considérer les choses morales. Je te parle de notre destin.
- Je ne connais pas le destin.
- Tu peux en renifler de subtiles parcelles dont tu peux déduire la composition plus complexe à venir.
- Eh bien, je pense que ce sont des parcelles de merde. Il est manifeste que certains d'entre nous vont mourir.

Trois enfants, plus âgés qu’eux, arrivèrent sur les lieux. Ils encerclèrent Macadam et se mirent à le pointer avec des bâtons au bout desquels il y avait le feu. Le pauvre enfant était forcé de reculer de toutes parts, chaque fois que l'un des jeunes hommes furieux se faisait agressif avec son objet. Léon, désemparé, ne savait que faire.

- Hihi, rigola l'un. Étant donné que tu ne reçois pas l'amour dont tu as besoin de ta mère, cela modifie toutes tes interactions sociales: en effet, tu es reclus, tu manques de confiance en toi. Nous, puisque nous sommes des hyènes, nous le percevons clairement et voulons t'éliminer.
- Oui! cria un autre. Nous voulons effectuer le travail de ta mère. Elle a voulu que tu meures; ce n'est certainement pas pour rien... Alors on veut que tu crèves aussi...

Le troisième enfant, qui était passablement philosophique, y alla de sa tirade:

- Tu vois, Macadam, l'homme est médiocre. Par ailleurs je suis médiocre aussi, même si je ne suis qu'un enfant... Remarque, j'imite mes parents. C'est facile. Je suis un adulte en devenir. Une merde latente. Un criminel en puissance. Je pense que j'ai été pur, une fois, ah oui! À ma naissance... Mais je m'égare. Tu vois, Macadam, l'homme est foncièrement conformiste. On n'aime pas ceux qui sortent des rangs. Ceux qui le font un brin, en vérité, ils ne le font pas. Les vrais marginaux, ils font vomir. Ils sont source de progrès, d'humanité future, et tout ça... Mais ça fait chier ceux qui sont primitifs. Ils savent qu'ils devront bouger leur gros cul et activer leurs neurones, afin de s'adapter au monde meilleur que le marginal veut concevoir. Ainsi, mes potes, ils disent pas faux: on veut t'éliminer, car tu sembles frêle; mais une deuxième raison moins évidente nous fait agir de la sorte, et c'est celle que j'évoque: comme toute personne qui a un comportement anormal, tu es potentiellement un révolutionnaire, et c'est pourquoi on voudrait t'éliminer.

Il rapprocha son javelot brûlant de lui. Macadam recula, apeuré.

Au loin, des agents du savoir-vivre regardaient, les bras croisés, incertains s'ils devaient intervenir.

- Finalement, dit le troisième agresseur, réflexion faite, je crois que tu es un type bien. J'aimerais bien être ton ami.

Il envoya ainsi son allumette géante en plein visage de l'un de ses alliés. Médusé, l'autre acolyte tenta d'aider celui dont le visage était en train de brûler. Le dissident en profita pour mettre le feu au pantalon de ce dernier.

Les agents du savoir-vivre qui observaient la scène sourirent et s'en allèrent, satisfaits de ce qu'une loi naturelle d'entraide et d'éradication du principe de brute fût mise en application.

Le soir était venu. À la suite de la vaporisation de la noirceur jusque tout là-haut, les étoiles étaient apparues en tombant dans le ciel ainsi que des glaçons dans un verre de boisson. Il n'y avait eu aucun cours cette journée-là, en tous les cas toutes ces aventures les leur avaient fait oublier. Le sauveur de Macadam les avait quittés.

- Tu voudrais combattre ta mère? demanda Léon.
- Oui, bien sûr. Non, pourquoi?

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